Histoire
Château XVIIIᵉ
Montigny — Montiniacum, Mons ignitus, le mont enflammé — doit son nom aux feux de signal allumés jadis au sommet des collines.
Les plus anciens propriétaires connus du domaine semblent être la famille de Montigneis, d'environ 1214 à 1490. La seigneurie de la paroisse, annexée au château de la Gasselinière, est possédée en 1666 par la famille de la Tousche ; elle relevait de la baronnie de Saosnois et de la juridiction de son bailliage.
La famille de Boullemer arrive en 1686, du temps de Jacques de Boullemer (v. 1636-1696), seigneur de Montigny.
Le château dans sa forme actuelle fut construit vers 1730 par Jean-Baptiste de Boullemer, seigneur de Montigny, Fayau et Bresteau, lieutenant des maréchaux de France et premier président au bailliage et présidial d'Alençon. Il était alors accompagné de vastes jardins réguliers dont le terrain d'assiette est conservé.
Vendu en 1800 par René Nicolas de Boullemer, le château est acquis en 1806 par Hippolyte Le Comte. Cette famille en est encore propriétaire.
Le château comporte un pavillon central et deux ailes identiques, donnant un ensemble aux lignes sobres.
La façade Nord du pavillon central est ornée d'un fronton portant les armes de la famille Boullemer et celles de l'épouse du constructeur, Renée-Michelle Peuvret de Beaulieu, dame du Vieux-Bellême.
La façade Sud, dans sa partie centrale, est entièrement en granit de Hertré, dit grès d'Alençon. La toiture est en ardoise, refaite au début des années 2000. Des ifs de taille impressionnante meublent la prairie.
La masse du château est équilibrée au Nord par deux pavillons sensiblement cubiques, couverts d'ardoise comme le château.
À l'Ouest nous trouvons un pigeonnier et l'ancienne église désaffectée à la fin du XIXᵉ siècle. Ses ouvertures en arc brisé, d'un gothique primordial, son intérieur fort pauvrement orné et son clocher en flèche très raccourcie en font une bâtisse modeste. Elle sert maintenant de bûcher ; si vous poussez la porte, vous pouvez voir un reste de voûte en petites lattes de bois, dont l'une des poutres est sculptée d'un motif floral. Attenant, un logement ayant sans doute servi de presbytère. Un peu détaché de l'église, l'ancien cimetière conserve une belle croix et un monument funéraire en granit micacé de Hertré élevé à la mémoire de Monsieur Lecomte, propriétaire du château.
Le château possède le dernier loup abattu dans la forêt de Perseigne : une bête de 50 kg, tuée le 19 mars 1888 par un habitant de La Fresnaye, naturalisée et conservée à l'intérieur.
Montigny est une très petite commune sans bourg : son centre, c'est le château et son haras, où la minuscule mairie a trouvé place. Le reste se compose de fermes et de quelques maisons en bordure de route — la Gassinière, la Blosserie, les Riaux, la Peignellerie, la Haize, la Rousselière, la Tournardière, le Plessis. La Sarthe en borde les deux tiers du périmètre, faisant du territoire une manière de presqu'île, et le point culminant, à 156 mètres, se trouve près du château. Au début du XIXᵉ siècle, la commune comptait vingt-sept feux et environ cent cinquante habitants ; la population décline à partir de 1804. Trois exploitations y perpétuent aujourd'hui l'élevage du percheron.
Le château et son domaine sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du 1ᵉʳ septembre 2016. La protection couvre, outre les façades et toitures du château et de ses pavillons et le vestibule avec son escalier en ferronnerie, l'ancienne église, le pigeonnier, l'orangerie, la buanderie, le château d'eau, les murs de clôture, les douves, les terrasses et le terrain des anciens jardins.